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Faut-il se taire ?

  • Catégorie de la publication :Actualités

Une de mes connaissances a un jour postulé dans la même entreprise que moi. Elle réalise plusieurs entretiens dont un avec sa potentielle manager, et un autre avec le DG.

Elle a alors évoqué le drame personnel qui a aussi bouleversé sa vie professionnelle quelques mois auparavant. Le bébé attendu depuis longtemps est mort une semaine après sa naissance.

Sous l’effet d’un élan de sororité, sa manager potentielle est tout d’abord sensible à sa situation. Puis, apprenant que la postulante a aussi expliqué sa situation au DG, un homme, elle trouve cela « too much » et soupçonne une stratégie de l’apitoiement.

Et puis, elle me demande : « Ne va-t-elle pas pleurer sur l’épaule de tout le monde ? », « Tu es sûre qu’elle est vraiment compétente et surtout en état ? »

Êtes-vous choqué ?

Plusieurs années plus tard, je reste pour ma part toujours en colère. Ce n’était pas un appel à la pitié, mais juste une maman qui veut laisser sa place à sa petite Juliette quand elle parle de son parcours de vie !

Je suis convaincue que si mon amie a souhaité évoquer sa fille lors des entretiens, il y a une bonne raison et sa parole est légitime. En revanche, je mets en doute la qualité des oreilles qui ont entendues ses mots.

Dans le cadre professionnel, faut-il donc taire les drames personnels : deuil, maladie, séparation, aidance… ?

Est-ce une faiblesse de convenir qu’on n’est pas en mesure d’assumer une épreuve sans faillir une minute dans aucun domaine de vie ?

Je ne parle pas de se répandre au premier bobo. Je parle de ces moments où l’on a besoin d’expliquer, parce que cela influe sur notre travail, notre disponibilité, notre énergie.

Si la situation rend le quotidien professionnel difficile, parler est une preuve de courage et de son sens des responsabilités.

Et plus les choses sont dites tôt, mieux c’est ! On en revient toujours à la notion de prévention. Les reproches après des erreurs ou un désengagement ne résolvent rien.

Un échange constructif où on ne dit que l’essentiel de ce qui doit être connu et où chacun se maintient en empathie permet de définir des solutions d’aménagements de poste ou d’accompagnement pour éviter tous manquements.

Parler, c’est faire preuve de lucidité et peut-être aussi avoir un bon instinct de survie.

À condition, bien sûr, d’avoir des oreilles suffisamment professionnelles et humaines pour entendre.